Une Union Méditérranéenne pour le couple franco-allemand
Par Coralie Durand • Mercredi 12 mar 2008 • Categorie : Revue de presseVoici une série d’extraits d’articles de la presse nationale évoquant le sujet de l’Union Méditerranéenne, notamment sur le rapprochement franco-allemand ayant eu lieu la semaine dernière.
France-Allemagne – Le dégel de Hanovre
Pierre Beylau
06/03/2008 N°1851 Le Point
« Le déminage diplomatique est un art subtil. Nicolas Sarkozy et Angela Merkel se sont livrés, lundi soir à Hanovre, à cet exercice tout en nuances pour dissiper un malaise franco-allemand de plus en plus tangible. Principale pomme de discorde : l’Union méditerranéenne. Cette initiative avait été lancée dans la précipitation lors de l’élection présidentielle. Objectif : rassembler les pays du nord et du sud de la Méditerranée autour de projets concrets. (…) Lundi, le président français et la chancelière allemande se sont efforcés de désamorcer la crise. La France revoit ses ambitions à la baisse. Il ne s’agit plus de rupture, mais d’un processus s’inscrivant dans la continuité de Barcelone. L’Union méditerranéenne est, en quelque sorte, « communautarisée ». L’Allemagne pourrait avoir un statut de membre observateur à l’instar, par exemple, de la France au Conseil des Etats de la mer Baltique. »
Suite allemande
Christian Makarian
LEXPRESS.fr du 10/03/2008
« Dans le même entretien, Sarkozy ajoutait: «Et donc je n’ai pas une vision exclusive de l’axe franco-allemand. Je souhaite que nous laissions une place aux Anglais, aux Espagnols, aux Italiens, aux Polonais.» Un couple libre? Chiche!
Lundi dernier, à Hanovre, le chef de l’Etat a dû jouer un tout autre répertoire, lourdement flatteur: «Vous êtes un modèle, on va tout faire comme vous, c’est ça, la vraie amitié!» Toutes les formes ont été mises pour que l’idée française d’une Union méditerranéenne ne coule pas à pic face aux torpilles allemandes. On l’a sauvée; la chancelière a consenti un compromis – qui rabat l’ambition initiale au simple niveau de l’Union de la Baltique. Et Nicolas Sarkozy a (re) découvert que la France ne pouvait plus agir sur le continent sans l’Allemagne. »
Merkel satisfaite : Le projet de Sarkozy agréé par Berlin.
Gaël De Santis
05/03/2008 L’humanité
« Principal résultat de cette rencontre : les deux chefs d’État sont tombés d’accord sur la conception de l’Union pour la Méditerranée, sur la base de l’évolution du processus de Barcelone. Lancé en 1995, ce partenariat regroupe déjà les États de l’UE et dix États du sud et de l’est de la Méditerranée. Loin donc de l’innovation prônée par Nicolas Sarkozy. Les craintes allemandes au sujet du projet d’Union méditerranéenne de Sarkozy portaient sur la peur de voir l’Allemagne écartée d’un projet trop piloté par la France, et qui exclurait les pays européens non riverains de la Grande Bleue. « Nous sommes d’accord pour que ce soit un projet de l’Union européenne », a souligné Angela Merkel après l’annonce du compromis. Le gouvernement français rapporte, lui, une interprétation toute différente. Selon le premier ministre français, François Fillon, l’Union méditerranéenne prendra modèle sur l’Union de la Baltique. « Nous avons dit aux Allemands : il y a l’Union de la Baltique dans laquelle nous sommes observateurs, on va faire l’Union de la Méditerranée, vous serez associés à tout, mais reconnaissez que la France et les pays riverains de la Méditerranée ont un rôle particulier à jouer dans la mise en oeuvre du projet. » Le Conseil des États de la mer Baltique comprend dix États côtiers ainsi que la Commission européenne.Il reste que l’opérationnalité d’une Union méditerranéenne, après le compromis fait à Angela Merkel, pose question. « L’accord aux termes duquel l’ensemble des pays de l’Union européenne entrera dans le processus de l’Union méditerranéenne sonne le glas de cette dernière », a expliqué hier le député UMP Jacques Myard, dans un communiqué. Et de poursuivre : « Comment croire que 27 États plus une dizaine de pays riverains de la Méditerranée constitueront une organisation opérationnelle ? » »
Paris cède à l’Allemagne sur l’Union méditerranéenne
N. V.
05/03/2008 Libération
« Après des mois de couacs, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy sont finalement parvenus à former à leur tour ce fameux «couple franco-allemand» qu’avaient constitué avant eux Chirac et Schröder, Kohl et Mitterrand ou de Gaulle et Adenauer… La future Union méditerranéenne que souhaitait l’Elysée se fera dans le cadre de l’Union européenne (UE), comme le voulaient les Allemands, et sera ouverte aux vingt-sept membres de l’UE. Plus question de créer une nouvelle structure et davantage de bureaucratie. On approfondira à la place le processus de Barcelone, un projet né en 1995 et depuis embourbé. Reste à savoir pourquoi les Allemands ont pris tellement à cœur un projet qui semblait pourtant dès le début mal ficelé et sans avenir. Angela Merkel en tout cas renforce sa position : «Vous êtes un modèle, on va faire tout comme vous», a lancé le Président à la chancelière interloquée… Pour les Allemands, Sarkozy reste une énigme. »
Allemagne d’aujourd’hui : Où va la coopération franco-allemande ?
Edouard Husson
12/03/2008 Marianne
« En lisant les dépêches sur une éventuelle percée de la politique française sur la question de l’union méditerranénne; trois hypothèses sont envisageables, qui ne s’excluent pas forcément l’une l’autre:
1- Madame Merkel étant en difficulté à l’intérieur (le SPD n’a pas été effrayé, par une menace de rupture de la Grande Coalition, d’accepter les voix de Die Linke pour la mise en place d’un gouvernement de gauche en Hesse), elle est plus disposée au compromis qu’il y a quelques semaines. Un succès de politique franco-allemande est toujours appréciable pour un chancelier. Mais ce serait alors un succès bâti sur la faiblesse de l’Allemagne – bien loin de l’idée d’un « modèle allemand »;
2- Suivant ses habitudes de faux dur, Nicolas Sarkozy a fait une concession majeure quant à son projet, pour avoir un succès d’annonce. Il faudra regarder de près ce qui sortira des négociations franco-allemandes sur le sujet;
3- Le président francais a obtenu quelque chose sur l’Union méditerranéenne, mais il abandonne la bataille sur un d’autres fronts, ceux du déficit et de la politique monétaire – et attend que les élections municipales soient passées pour annoncer une nouvelle « rigueur » voulue par l’Europe. »
Paris transmet aux Vingt-Sept un compromis franco-allemand sur l’Union pour la Méditerranée
Philippe Ricard
12/03/2008 Le monde
« L’Elysée espère sur cette base obtenir l’assentiment des Vingt-Sept pour ce projet phare de la nouvelle politique européenne de la France, qui visait à créer une zone de coopération privilégiée entre les pays du bassin Méditerranéen. Après la rencontre de M. Sarkozy et Mme Merkel le 3 mars à Hanovre, où ils avaient annoncé s’être entendus sur les principes de ce compromis, il a fallu encore une semaine pour finaliser une proposition commune. (…) La note précise l’articulation entre l’Union pour la Méditerranée et les politiques déjà existantes au niveau des Vingt-Sept. Loin de la “vision” initiale chère à M. Sarkozy et à son conseiller spécial Henri Guaino, le projet est censé donner un “nouvel élan” au processus de Barcelone, lancé voici plus de douze ans entre les deux rives de la Méditerranée. Les Français soulignent dorénavant la “convergence” entre les deux processus, les politiques déjà engagées devant “à terme” mener à l’émergence de l’Union pour la Méditerranée. (…)Le document ne précise pas quels projets pourraient être retenus, et reste imprécis sur leurs financements. Les deux questions risquent pourtant d’animer les échanges lors du Conseil européen tant l’initiative demeure “confuse” aux yeux de nombreux diplomates européens à Bruxelles. Même les pays riverains, comme l’Italie et l’Espagne, craignent que Paris ne cherche à pousser ses propres intérêts dans la région. »
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